Un maudit français au pays des castors

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C’est la rentrée 1/2

Chères et chers toutes et tous,

l’été tire à sa fin, les bambins retournent à l’école, septembre est déjà bien avancé et l’air frais est de retour: c’est la rentrée et le temps de faire le point sur un été riche en émotions et découvertes.
La dernière fois que j’ai posté sur ce blog, je revenais de PEI, où je venais de passer deux semaines de relaxation intense. Je me préparais alors à recevoir chez moi des amis, pour une durée en tout et pour tout d’un petit mois. En effet, quelques jours après mon retour de PEI, j’accueillais Sarah, amie de longue date, à l’aéroport Trudeau. Les premiers jours furent calmes, histoire de prendre le rythme, puis j’accueillais des amis communs à Sarah et moi (Hugo et Aurélie) l’espace de trois jours entre leur retour d’un voyage en Gaspésie et l’avion les ramenant à Lyon. Ce fut pour nous tous l’occasion de visiter un peu Montréal et faire les magasins sous la chaleur moite et écrasante de l’été québécois.
Une fois Hugo et Aurélie repartis, Sarah et moi eûmes quelques jours pour faire le musée d’Art Contemporain de Montréal (une collection pas inintéressante mais presque décevante et relativement limitée dans un environnement un peu bruyant), le musée de l’Architecture (plus technique et un peu abrupt au premier abord, mais passionnant pour qui sait y trouver son intérêt), assister à un show entre burlesque, cabaret et théâtre de rue présenté dans un strip-bar, (re)découvrir le catalogue des bières québécoises, en siroter une ou deux aux Foufounes Electriques (célèbre bar punk; NB au Québec, les foufounes désignent les fesses), assister à un concert gratuit en plein air de Jean Leloup (le Jean Louis Aubert québécois), s’engraisser au beurre de cacahuètes, au fromage à la crème, à la confiture de bleuets et aux bagels, et marcher pendant des heures sous le soleil de plomb et la chaleur humide et écrasante.
Puis Lili est venue nous rejoindre le temps d’une escale de quelques jours avant son départ pour la Big Apple; re-belotte donc en ce qui concerne la marche, les brunchs gargantuesques, les magasins et, pour changer, un festival de musique électronique sur les bords du Saint Laurent un samedi après midi.

Une fois Lili sur le départ, il nous fallu considérer à notre tour tous les détails nécessaires à notre escapade new-yorkaise. Nous crûmes bien ne jamais y aller, par manque de moyens et surtout par manque de logement. En effet, vouloir se loger à NYC pour quelques jours en plein août sans connaître personne tient lieu du marathon. Autant s’y prendre des mois à l’avance, ce que, bien entendu, nous n’avions pas fait. Heureusement, il semblerait que la Providence nous avait gardé sous son aile puisque Sarah finit par être contactée par un couch-surfer de ses connaissances, habitant à Brooklyn, et qui nous proposa de nous héberger gratuitement! Une fois nos plans revus à la baisse (nous comptions rester à NYC pour une dizaine de jours; après considération des trous béants de nos porte-monnaies, nous prîmes le parti de n’y rester que 4 jours), nous étions prêts à partir.

Nous embarquâmes donc sur le bus à 7h30 un samedi matin. Il nous fallut deux petites heures pour arriver à la frontière, dans une odeur constante d’urine à laquelle il fallut s’habituer. Le passage de la frontière fut relativement long, de l’ordre de deux bonnes heures. D’autres bus attendaient avant nous.
Puis, une fois réembarqués, cela nous prit environ 5 heures supplémentaires de traversée de régions boisées de l’Etat de New York pour arriver enfin à la mégapole tant convoitée. Nous sortîmes donc du bus aux alentours de 17h, en plein centre de NYC. Nous prîmes quelques heures pour nous imprégner de l’ambiance grouillante de la ville, en allant nous promener sur Broadway et Central Park, avant de rejoindre Justin et Lauren (nos hôtes) à Prospect Park, dans Brooklyn. Nous eûmes donc l’occasion de nous balader un peu dans Brooklyn en marchant du Park jusqu’à chez eux et de découvrir cette partie de la ville constituant le nouveau New York pour beaucoup d’Américains (NDLR vous pouvez trouver plus bas une carte de NYC sur laquelle ont été indiqué la majeure partie des endroits décrits ici).
Malgré la chaleur, encore plus moite et étouffante qu’à Montréal, nous nous endormîmes sans trop de difficultés après cette longue journée de voyage.

Le lendemain, dimanche, Lili vint nous retrouver en bas de chez nous pour que nous profitions tous ensemble de sa dernière journée de repos avant le début de son stage. Direction Cheryl’s, un petit resto qui nous fut conseillé par Justin et Lauren, pour notre premier brunch new-yorkais. A ce propos, permettez-moi de faire une parenthèse culinaire: NYC est la ville où il faut manger (sans doute pourrait-on d’ailleurs dire la même chose d’un certain nombre de villes américaines). Pas nécessairement dans Manhattan où la nourriture est de manière générale très chère (à l’exception peut être de Chinatown), bien que l’on puisse trouver de petites enseignes sympathiques en cherchant bien.
Mais revenons-en au brunch: il est aux alentours de midi, il fait déjà très chaud et les 20 petites minutes de marche de chez nous au restaurant m’ont déjà mis en nage. On nous installe dans la petite cour arrière, à l’ombre. Au menu, salade complète pour Lili et Sarah, mélange de saumon, pommes de terre et épices avec deux oeufs pochés pour moi. En accompagnement, mimosa (champagne ou vin pétillant avec jus d’orange) et café pour Lili et Sarah, thé vert, bloody mary et eau pour votre serviteur. BAM!
Une fois rassasiés, nous nous dirigeons sous la chaleur accablante vers le métro. L’attente sous terre est infernale et la différence de température entre les quais, étouffants, et les rames, presque froides et sur-climatisées, est impressionnante. Nous descendons à Chinatown afin de remonter Canal Street en direction du Manhattan Bridge. C’est le moment de succomber au marchandage des innombrables vendeurs de rue. Au bout d’à peine 20 minutes, nous avons fait à nous trois l’acquisition d’au moins une douzaine de paires de lunettes. Oui mais voilà, chaleur et digestion n’allant malheureusement pas de paire, je me sens mal. Nous marchons donc, encore et encore jusqu’à atteindre le pied du Manhattan Bridge, là où se trouve une compagnie de bus chinois (Fung Wah Bus), effectuant des trajets du Chinatown d’une ville au Chinatown d’une autre, et pour des prix battant toute concurrence. Ayant prévu de nous rendre à Boston sur le chemin du retour vers Montréal, Sarah et moi achetons des billets pour le jeudi matin. Nous nous arrêtons une petite demi-heure dans le temple bouddhiste jouxtant la compagnie de bus, histoire d’attendre au frais Samuel, un ami de Paris, lui aussi de passage à NYC pour quelques jours. Une fois les retrouvailles faites, nous continuons notre marche en direction de East River Park, pour tenter d’apprécier la fraîcheur de la végétation en bordure de la East River.
Puis, l’heure avançant, c’est au tour de Lili de nous quitter. Nous la raccompagnons donc jusqu’à Canal St et décidons de prendre le Manhattan Bridge à pied afin de retourner dans Brooklyn (Samuel logeant dans le Queens, qui est au nord de Brooklyn). La vue est magnifique et nous avons un bel aperçu de la skyline. Nous descendons enfin du pont dans le quartier de Dumbo, ancien district industriel connaissant une seconde vie sous les coups de la gentrification bobo. Sans même que nous ne nous en apercevions, le ciel s’est couvert. C’est d’ailleurs le cadet de nos soucis: nous avons soif. Et c’est avec soulagement que nous trouvons au hasard des rues, au pied du Manhattan Bridge, un petit resto-bar mexicain du nom de Pedro’s (pour faire original). Il était temps; quelques minutes après notre entrée dans le bar, la tempête se lève et petit à petit, notre refuge se rempli de potentiels clients, mouillés mais content d’avoir trouvé de quoi s’abriter.
Nous décidons donc de rester et de casser la graine; au menu, chicharron (pilons de poulet frits), rice and beans (riz et haricots noirs) pour moi, same thing pour Sam (mis à part le rice & beans remplacé par des rondelles de plantain frites), et huevos a la mexicana (mélange de rice & beans, jalapeños et oeufs) pour Sarah, le tout accompagné de bières mexicaines (Dos Equis, Pacifico, Tecate). C’est le portefeuille allégé mais l’estomac comblé et le coeur content que nous sortons quelques heures plus tard et que nous prenons tous trois le chemin du retour. Nous marchons jusqu’à Prospect Park où Sam prend un métro en direction de Queens, tandis que Sarah et moi terminons notre trajet à pied. Encore une fois, c’est sans difficulté que nous trouvons le sommeil ce soir là, bercés par le vent frais apporté par la pluie.

Lundi, Lili travaille, Sam compte se promener dans Astoria (le quartier grec de Queens), Sarah et moi décidons donc d’aller nous promener sur la High Line, ancienne ligne de chemin de fer passant quelques étages au dessus des rues, et convertie depuis un an ou deux en parc municipal. Puis, une fois descendus sur Gansevoort St, nous décidons de redescendre lentement vers le sud de Manhattan, en prenant le temps de marcher dans les petites rues ombragées de Greenwich Village. C’est là, à la limite de Greenwich et de Soho, au croisement des rues Bedford et Morton que nous décidons de nous arrêter à la Snack Taverna, restaurant grec. Au menu, roasted red peppers with portobellos on ciabatta buns (gros poivrons rouges grillés et portobellos sur pain ciabatta) et salade pour Sarah, savory pie (sorte de tourte) à l’agneau sur lit de salade de blé pour moi. Un délice.
L’ambiance est détendue, presque bruyante, le serveur est désagréable, à l’européenne. Une fois rassasiés, nous repartons, toujours vers le sud. En chemin, notre regard est attiré par une boutique de chapeaux, Arth. Nous rentrons et en essayons quelques-uns. L’espace d’un instant, la raison nous rappelle à l’ordre et nous décidons de sortir malgré la tentation d’un achat sans doute sensé (au vu des réductions offertes) mais déraisonnable (au vu de nos portefeuilles faméliques). Nous n’allons pas bien loin. Arrivés au coin de la rue, et après 10 bonnes minutes pendant lesquelles nous passons successivement par des stades de déni, de négociations avec nous-mêmes, de dépression puis enfin d’acceptation du fait que quoi qu’il arrive, mieux vaut s’en vouloir plus tard d’être pauvres mais avec un beau chapeau que pauvre et tête nue (puisqu’il est inévitable qu’au rythme de nos envies, nos portefeuilles finissent crevés la gueule ouverte au fond d’un caniveau malodorant), nous revenons au dit magasin. Las, nous en ressortirons quelques minutes plus tard, la conscience lourde mais le regard fier, Sarah exhibant un chapeau de paille japonais, et votre serviteur coiffé d’un Stetson blanc. LA. CLASSE.

La classe américaine.

Nous passons ensuite aux alentours de Ground Zero où le mémorial attire son lot de touristes en manque de larmes de crocodile. Vu la foule et les mesures de sécurité dignes d’une prison de haute sécurité, nous prenons le parti de ne pas nous arrêter et continuons vers Battery Park. Nous longeons donc l’Hudson River jusqu’à atteindre la pointe de l’île de Manhattan et remontons légèrement  sur Broadway dans le Financial District pour traverser vers Brooklyn, mais cette fois sur le Brooklyn Bridge. C’est une déception. Le pont est en travaux, et nous marchons donc à la file indienne entre deux murs de tôles. Les rares endroits où l’on peut enfin apercevoir un bout d’océan se voient colonisés par des nuées de touristes accrochés à leur appareil photo, et c’est sans arrière pensée que nous descendons enfin du pont, dans Brooklyn. Le jour commence à baisser et c’est tant mieux, au vu des coups de soleil que nous avons pris tous les deux au cours de la journée. Nous remontons lentement le long de Flatbush Avenue pour finir par nous arrêter dans un joint du nom de Five Guys. J’en avais déjà entendu parler avant de venir à NYC,  cette chaîne ayant ouvert une enseigne à Montréal; je n’avais pour autant jamais eu l’occasion de goûter à ses burgers. Five Guys est une chaîne de fast food correcte, un peu atypique. Chaque enseigne reçoit quotidiennement des kilos de pommes de terres en provenance de fermes américaines, et qui seront débitées à la main pour faire des frites. De la même manière, les patties (les rondelles de boeuf haché servant aux burgers et qu’on appelle un peu trop vite steak) sont modelés à la main à partir de viande fraîche. C’est peu de choses, mais cela fait au final des burgers d’une qualité peu comparable aux chaines de fast food habituelles, et les frites sont excellentes (contrairement à celles de McDo, qui ne se décomposent pas, même après plus de 6 mois à l’air libre. Ca vous intéresse, voyez donc une vidéo ici, et une preuve en image là).
Sarah prend donc un veggie sandwich avec des frites cajun, et j’opte pour un double bacon cheeseburger all the way (mayonnaise, moutarde, ketchup, oignons frits, champignons frits, salade, tomate) et une root beer (bière de racinette, qui est un soda à base de plantes au départ médicinales; ça a un goût entre le médicament et le dentifrice mais une fois qu’on s’y fait, c’est très bon, peu sucré et ça aide à digérer). Une fois encore, nous sortons le coeur léger, mais l’estomac lourd; la demi-heure de marche pour rentrer chez nos hôtes ne sera pas superflue.

Le lendemain, nous partons de bonne heure retrouver Sam à Central Park pour aller visiter le Metropolitan Museum. C’est un des plus grands et plus beaux musées de NYC. On y trouve de tout: de l’histoire, des vestiges, de l’art classique, contemporain, antique, que sais-je encore. C’est immense et même si c’est la deuxième fois que je le vois, c’est toujours une aventure. Nous en sortons quelques heures plus tard en ayant vu à peine 10% de la totalité. Nous en profitons donc pour tenter la street meat, ces petits étals de hot-dogs, falafels, chili, pretzels, que l’on trouve à tous les coins de rue. C’est pas cher, c’est bon et ça cale. Sam repeint sa chemise à la sauce chili. Après un petit tour dans Central Park nous redescendons vers Broadway dans l’espoir de pouvoir enfin goûter au cheesecake new-yorkais. Comme le hasard fait bien les choses, nous tombons sur la Magnolia Bakery sur la 6th Avenue et Sarah, Sam et moi prenons chacun une part de cheesecake différent afin de pouvoir comparer. A mon goût, le classique (biscuit type speculoos pour la pâte et gâteau de fromage à la crème type Philadelphia pour le filling le tout topé de baies rouges pour le côté frais) reste le meilleur, comparé aux types chocolatés (dont la pâte est faite de biscuit Oreo) qui sont plus lourds et presque trop sucrés. Puis nous partons tous trois prendre le métro afin de retrouver Lili à Coney Island, pour une soirée sur la plage… c’était sans compter sur le fait que Coney Island, loin de n’être qu’une plage, est aussi un parc d’attraction. Ce fut donc avec une joie enfantine que nous essayâmes grande roue, grand huit et divers manèges les uns après les autres, pour finir par aller manger à Nathan’s, vieille chaîne de fast food reconnue pour la qualité de ses hot-dogs. Lili, Sarah et Sam prirent du fish & chips, tandis que j’optais pour un Classic Philly Cheesesteack (sandwich de steak poivré émincé topé de fromage fondu) accompagné d’un litron de rootbeer (aux USA, on rigole pas avec les tailles de verre).

Mercredi, dernier jour à NYC. Nous partîmes de bonne heure rejoindre Sam à 5Pointz, une ancienne usine reconvertie depuis en Mecque du tag où l’on peut admirer (sans filmer ni prendre de photos à moins d’une autorisation préalable) les plus beaux graffitis de NYC. Puis nous partîmes marcher dans Astoria afin de visiter un peu le Queens. Sam devant prendre son avion, nous nous séparâmes en début d’après-midi et Sarah et moi reprîmes notre marche dans les environs de Williamsburg où nous trouvâmes un petit café du nom de Bread Brothers. Ce fut sans doute le meilleur bagel du voyage pour Sarah et j’appréciais grandement leurs jus de fruits et légumes faits sur place et à la commande. Puis nous redescendîmes lentement dans le Broadway Triangle pour revenir chez nos hôtes, par des quartiers où nous fûmes à maintes reprises les seuls caucasiens à des kilomètres à la ronde. C’est une impression assez dépaysante, mais pas nécessairement désagréable et si les new-yorkais n’ont bien souvent que faire des marques les plus élémentaires de politesse (comme s’excuser lorsque l’on bouscule), ils n’en sont pas moins sympathiques et de bon aloi pour la plupart. Le temps de goûter au fried chicken  à l’américaine et déjà la journée tirait à sa fin. Nous eûmes l’occasion de passer une dernière soirée en compagnie de Justin et Lauren avant de nous coucher de bonne heure, la journée du lendemain promettant d’être longue…

En effet, le bus chinois partant pour Boston étant à 7h30, il nous fallût nous lever aux aurores pour être sûrs de l’avoir. Manque de pot, il fallait que ce soit ce matin là que notre ligne de métro tombe en panne. Bien heureusement, étant partis en avance, nous parvînmes au lieu de rendez-vous avec suffisamment de marge pour permettre à Sarah d’acheter son petit-déjeuner sans se presser. Mon estomac étant toujours fragile du fait de la chaleur, j’attendais le premier arrêt sur l’autoroute pour me rassasier d’une part de pizza aussi dégoulinante de graisse que satisfaisante. Burp.
Le bus nous déposa à Boston en fin de mâtinée. La différence d’ambiance ainsi que le raccourcissement des distances d’un point à un autre de la ville fut salvateur. Après le stress ambiant de la grande ville, l’air plus décontracté et la facilité de se déplacer à pied d’un bout à l’autre du centre-ville sans que ça ne nous prenne plus de deux heures nous firent un bien fou. Nous déjeunâmes dans un restaurant vietnamien végétalien délicieux où par manque d’appétit du fait de crampes d’estomac, je ne commandais qu’une soupe (par ailleurs succulente), tandis que Sarah prenait un plat de légumes accompagné de faux-chicken, faux-beef et faux-shrimps (respectivement imitation de poulet, boeuf et crevettes, à base de tofu et autres pâtés végétaux). Pour ceux qui les connaissent, nous nous aperçûmes que les membres du groupe System of a Down se tenaient à quelques tables de nous. Nous passâmes ensuite l’après-midi à nous promener le long du Charles River Basin et dans le centre-ville pour finir par aller dîner dans le port commercial, dans un restaurant du nom de No Name Restaurant (littéralement Restaurant Sans Nom). Grave erreur. Non pas que la nourriture fut mauvaise, loin de là. Mais les quantités astronomiques couplées à la fatigue du voyage eurent raison de nos estomacs. Jugez plutôt: je commandais un homard, ainsi qu’un petit bol de chowder (soupe de poisson blanche, crémeuse, avec des morceaux de fruits de mer). Le homard me fut servi entier, accompagné d’une assiette de coquilles Saint Jacques frites, d’une assiette de frites, de calamars frits, d’un demi épi de maïs, de pain et d’un bol de beurre fondu (pour y tremper le homard). Ce fut grandiose. L’heure et demi que nous passâmes, moi allongé dans l’herbe, Sarah accoudée à une table sur les quais, tous deux à maudire notre appétit et nos estomacs, le fut beaucoup moins. Heureusement, il nous restait quelques heures avant de reprendre le bus en direction de Montréal. Lorsqu’enfin l’heure sonna de reprendre le départ, nous faillîmes connaître une bien mauvaise surprise. Comme la majeure partie des compagnies de voyage maintenant, la compagnie Greyhound avait vendu plus de tickets que de places disponibles pour le bus en question. Nous eûmes néanmoins la chance d’être suffisamment en avance dans la queue pour monter sur le bus, avant que la compagnie ne décide d’en affréter un supplémentaire, et qui allait partir une heure en retard. Mais il faut croire que le malheur des uns fait le bonheur des autres; arrivés à la douane aux alentours de 6h du matin, je me fit dire que, puisque j’étais en attente d’un visa d’études, il me faudrait laisser partir mon bus et attendre à la frontière, les bureaux de l’immigration n’ouvrant pas avant 7h du matin. Or, ce fut grâce à l’erreur de la compagnie que, une fois mes papiers en main, nous pûmes monter sur le deuxième bus affrété à la hâte et qui arriva à la frontière à peine une heure et demi après celui duquel nous avions du descendre. Sans cela, nous aurions sans doute attendu jusqu’à 9h, voire peut être plus, sales et fatigués sur le bord de la route. Deux heures plus tard, nous étions de retour à Montréal, prêts à dormir une journée entière pour se remettre de nos émotions des jours passés.

Les jours suivants furent plutôt calmes et nous profitâmes des dernières journées de Sarah à Montréal pour visiter les endroits que nous n’avions pas encore eu l’occasion de faire ensemble. Je la ramenais enfin à l’aéroport le 16 août, où son avion pour Lyon l’attendait.

Certes, mon été ne s’est pas achevé là, mais avant d’aller plus loin, je vous laisse le soin d’apprécier les photos de ces vacances américaines.
Ci-dessous, la carte mentionnée plus haut. Cliquez dessus pour accéder la carte complète

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PEI

Me voilà donc de retour après presque deux semaines de repos sur l’île du Prince Edouard.

Pour vous donner une petite idée, l’île du Prince Edouard est la plus petite province du Canada et se situe juste au dessus du Nouveau Brunswick et de la Nouvelle Ecosse. Son économie est fondée principalement sur la patate (ce qui semble avoir un lien avec le nombre accru de cancers rares au cours des dix dernières années, notamment via l’utilisation massive de pesticides) et sur la pêche. On y compte environ 140 000 habitants pour une superficie approximative de 5 700 km² ce qui en fait la première province du Canada en termes de densité de population. La capitale de cette province est Charlottetown, où ont été tenus les pourparlers pour la création de la confédération du Canada (qui a unifié les différentes provinces canadiennes à la fin du 19ème siècle). Malheureusement, PEI (Prince Edward Island) a vu son pouvoir politique s’effondrer au 19ème siècle avec la création d’une ligne de chemin de fer (qui était censée lui donner une place de choix dans la confédération, à laquelle PEI refusait jusqu’alors de se joindre) qui s’avéra être une source de dette importante, forçant l’île à rejoindre la confédération en 1873, dans un état de déréliction économique sans précédent. Depuis, et suite notamment à la fin de la pêche à la morue, PEI s’est lentement enfoncée dans une sorte de léthargie, dont elle n’est pas prête de sortir au vu des faibles investissements que le gouvernement fédéral consent à faire sur ses terres. Ce qui, encore aujourd’hui, constitue une source de ressentiment chez une partie de la population.
Si vous me permettez un petit encart, ce ressentiment est assez intéressant, sachant qu’il est partagé à divers égards par d’autres provinces. L’histoire du Canada est liée à des changements graduels d’influence des diverses provinces qui le constituent, avec une progression relativement schématique de l’Est vers l’Ouest. Les provinces de la côte Est (qu’on appelle globalement les Maritimes) ont ainsi bénéficié d’un certain pouvoir politique et économique dans les débuts de la colonisation canadienne, pour différentes raisons qui avaient à voir principalement à leur ancienneté, et aux secteurs économiques porteurs à l’époque (la pêche en faisant partie). Puis s’est effectuée une transition vers le Québec, puis l’Ontario, l’Alberta, aujourd’hui la Colombie Britannique et dans quelques décennies le Nord du Canada. Les relations provinces-gouvernement fédéral sont bien entendu plus complexes que ce que je présente, et les shifts de pouvoir plus subtils et jamais irrémédiables. Pour autant, c’est une thématique très présente dans les débats politiques, particulièrement au Québec, où la question vient se greffer au rêve – non révolu – d’une indépendance politique.

Les premiers occupants de PEI sont les Micmacs, toujours présents sur l’île, même si en nombre très faible (moins de 1 000). La langue majoritairement parlée est l’anglais, même si dans le même temps une petite minorité de francophones subsiste sur l’île. PEI se définie également par une importance toujours forte de la religion sur son territoire, et qui possède encore un certain pouvoir d’influence sur les décisions politiques (à peu près 90% de la population se considère comme faisant partie, via telle ou telle église, comme chrétienne). Par exemple, PEI est la seule province canadienne où il n’existe aucune clinique capable de procéder à des avortements (l’avortement étant interdit sur PEI depuis 1988, par le premier ministre provincial libéral Joe Ghiz sous la pression du parti conservateur), en parallèle d’un manque presque total de politiques contraceptives, entraînant des taux de grossesses adolescentes supérieures aux provinces environnantes; ce qui, dans un pays développé comme le Canada, va souvent de paire avec une précarité sociale accrue. Contrairement au reste du Canada, les horaires de travail sont fortement restreints le dimanche, pour des raisons une fois encore religieuses. La population est de manière générale assez conservatrice, ce qui semble aller main dans la main avec le fait que les églises apparaissent être toujours (en particulier le dimanche), des lieux de sociabilisation importants.

Drapeau de PEI

De manière générale, PEI donne l’impression d’être une île sur laquelle il fait bon vivre. Le climat est assez rude en hiver, et plus doux qu’au Québec en été. On accède à l’île via le Pont de la Confédération (Confederation Bridge), enjambant le bras de mer qui sépare PEI du Nouveau Brunswick. Les premiers éléments que l’on remarque en arrivant sur l’île sont les plages de sable rouge, le grand ciel bleu et, après cinq minutes de route, l’usine de frites McCain. C’est un peu caricatural, mais cela semble résumer assez bien mon expérience de PEI.

Passé ce côté un peu formel de la présentation de l’endroit en question, j’ai passé deux très bonnes semaines sur PEI. Je suis parti le vendredi 15 à 22h de la gare de bus de Montréal, pour un périple de 17h. Je suis donc arrivé à Charlottetown le lendemain après midi, où m’attendais Lacey, l’amie chez qui j’allais loger pour une dizaine de jours. Elle m’a donc conduit chez elle, à Ebenezer, sorte de lieu-dit où elle habite avec ses parents, à côté de la ferme de ses grands-parents paternels. Sa mère travaille dans une école primaire, tandis que son père est charpentier, après être passé par l’élevage de furets et de renards dans sa jeunesse. J’ai rarement été aussi bien accueilli, et ce fut un grand plaisir pour moi de passer du temps en leur compagnie.

Nous avons pu profiter de la plage avec Lacey et ses amis les premiers jours, mais le temps se couvrant dans la deuxième moitié de mon séjour, nous nous sommes rabattus sur des activités telles que le mini-golf en intérieur, la dégustation de glaces, la visite d’un musée de cire (duquel je suis sorti avec le mot « ARNAQUE » fortement imprimé dans mon cerveau) ou même le cinéma drive-in (j’ai touché du doigt le rêve américain…)
Je n’ai malheureusement pas grand-chose de palpitant à raconter de mon séjour chez Lacey, autre que j’y ai passé de très agréables et très reposantes vacances. La seule véritable péripétie qu’il m’ait été donné de vivre là bas fut mon retour, ayant été retenu un jour supplémentaire chez Lacey du fait de l’annulation d’un des deux bus pouvant me ramener à Montréal. Pour le reste… je vous laisse apprécier les photos.

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Petite excursion

Juste quelques lignes pour vous avertir que je pars ce soir passer une dizaine de jours sur l’île du Prince Edouard, histoire de profiter de la chaleur estivale pour se baigner les pieds dans l’Atlantique, aller pêcher et visiter la plus petite province canadienne. Promis, vous aurez des photos à mon retour.

Sinon, bonne fête des pères à tous les papas (pis surtout au mien hein).

Nouvelle colocataire, nouveau coloCATaire.

Tout à mes explications sur la conjoncture que vivent actuellement Montréal et le Québec, j’ai malencontreusement omis quelques détails sur ma vie. J’ai, en particulier, trouvé une nouvelle colocataire. Elle s’appelle Julia, elle a 20 ans, elle est étudiante en arts visuels à l’UQAM (l’université où je fais mon doctorat). Elle a les cheveux rouges, et un chat du nom de Sheldon. Elle est aussi originaire de Roumanie et est arrivée au Québec lorsqu’elle avait 6 ans. Elle emménage le 1er juillet mais nous nous sommes déjà rencontrés à plusieurs reprises et sommes en passe de devenir de bons amis, ce qui est de très bonne augure pour l’année à venir et notre cohabitation dans l’appartement.

Mais j’ai également pris la décision de prendre un autre colocataire. Gratuitement, pour le geste, et pour la compagnie. Il est noir, et jeune. Il est adorable. Quelques photos:

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Son nom est « Pirate »! Au départ, j’avais opté pour Makhno, mais lorsque je l’ai vu, Pirate m’a semblé plus approprié…

Mais… mais… pincez-moi… des nouvelles!

J’ai bien conscience de ne pas avoir donné beaucoup de nouvelles depuis mon retour dans la Belle Province. N’y voyez pas une quelconque malice de ma part, juste un peu de paresse et surtout beaucoup d’occupations administratives, mondaines ou tout simplement intellectuelles.

Je ne sais d’ailleurs plus trop par où commencer. Cela fait moins d’un mois que j’ai regagné mes pénates montréalaises et pourtant, pourtant j’ai l’impression que ça fait bien plus longtemps. Commençons par le plus trivial, ce sera plus simple. Mes démarches administratives se passent bien, ou presque. J’ai rempli la première étape de mes papiers d’immigration assez facilement, et j’ai reçu le Certificat d’Acceptation du Québec (CAQ, préliminaire essentiel à l’obtention d’un permis d’étude délivré par le gouvernement fédéral) peu longtemps après. J’ai donc fini de préparer mon dossier de visa, que je m’apprêtais à envoyer après avoir dûment payé les frais de dossier… oui mais ç’aurait été trop simple.  L’univers ne me pouvait pas laisser bénéficier d’une administration rapide ET de démarches aisées. Il faut croire que, comme la division par zéro, cet oxymore propre aux sociétés modernes aurait fait vaciller Atlas et sans doute déchiré le tissu même de l’espace-temps. Venons-en aux faits; j’ai, benoîtement, voulu me connecter sur mon compte canadien, afin de payer mes frais bancaires et remettre à flot cet accessoire presque indispensable à la vie civilisée. C’était sans compter sur le fait que la banque en question avait, la veille de mon arrivée, clôturé le dit compte. Sans s’informer au préalable de l’aspect judicieux de la chose, sans préavis ni même avis tout simple. Et comme, malgré le fait que les capitaux n’ont pas de frontières, il faut trouver cinq pattes blanches à un mouton et l’estampiller « immigrant officiel » pour ouvrir un compte dans les belles contrées canadiennes, me voilà face à un conundrum kafkaïen. Sans papiers d’immigration officiels, je ne peux ouvrir un compte au Canada, et sans ce compte, je ne peux pas régler mes frais de visa directement au Québec, ce qui aurait été d’une grande facilité. Me voilà à devoir régler les dits frais via la France, pour récupérer ensuite un reçu de banque française et le renvoyer à l’ambassade du Canada en France. Vive l’Etat capitaliste et ses contradictions inhérentes.

En dehors de ces péripéties administratives, je suis maintenant (presque) officiellement étudiant québécois. Il me reste à m’inscrire à mes cours de la rentrée, ce qui sera fait dans les prochains jours. Sans empressement néanmoins au vu des conditions actuelles à Montréal. Car vous en avez peut être entendu parler après trois mois de mobilisations quotidiennes: le Québec traverse à l’heure actuelle la plus grosse grève étudiante de son histoire et un mouvement social inédit. Dans la lignée des réformes ayant pris place en France et en Europe de manière générale, le Parti Libéral du Québec, en place depuis 2003, veut augmenter les frais de scolarité de plusieurs milliers de dollars sur une période de cinq à sept ans, afin, officiellement, que les université québécoises (les moins chères d’Amérique du Nord), conservent leur « compétitivité ». Or, pour conserver cette « compétitivité » et poursuivre la métaphore de l’éducation en tant que marché et marchandise, il convient d’endetter un peu plus les étudiants. Oui, endetter les étudiants. Laissez-moi vous narrer en quelques lignes la façon dont le système d’éducation supérieure fonctionne au Québec et prenez-en de la graine parce qu’en dépit du peu d’attention portée par les français à la réforme dite LRU qui a été implantée dans nos université hexagonales il y a maintenant deux ans, c’est ce qui vous attend, vous ou vos enfants. Les frais d’étude au Québec sont payés principalement par les étudiants eux-mêmes. Pourquoi? Parce que d’une part, beaucoup de parents ne peuvent assumer le coup financier de plusieurs années d’études supérieures et d’autre part, parce que les étudiants sont poussés à s’endetter. Il existe au Québec un système de prêts-bourses, qui veut qu’un étudiant souscrivant un prêt d’études auprès d’une banque verra ses intérêts pris en charge par la province du Québec jusqu’à la fin de ses études. Une fois le diplôme acquis cependant, la charge du remboursement du prêt et des frais qui y sont liés (taux d’intérêts) revient à la charge de l’étudiant. Outre le fait que ce genre de procédé plombe très fortement l’entrée dans la vie active des étudiants, il est également fortement inégalitaire; par exemple, un étudiant en médecine et un étudiant en sciences humaines paient au départ les mêmes frais de scolarité. Cependant, l’étudiant en médecine finira par payer une part beaucoup plus faible de ses études que l’étudiant en sciences humaines du fait d’un accès plus aisé à des financements; il aura également accès, à durée égale d’études, à un salaire de sortie bien supérieur, lui permettant de rembourser plus facilement ses prêts.

Or, plutôt que juger bon d’augmenter la participation provinciale dans le financement des universités (via, par exemple, une taxation accrue des compagnies minières qui depuis des années, via des mécanismes d’évasion fiscale et une collusion connue avec les milieux politiques, ne paient qu’une infime partie de leur dû, sous l’oeil protecteur et amical du PLQ), M.Charest et sa clique ont préféré charger la mule. Oui mais voilà, prendre les gens pour des cons passe un temps mais le PLQ n’en est pas à sa première péripétie. Embourbé dans des affaires de corruption avec le secteur de la construction depuis deux ans (je vous en parlerai un autre jour), son projet récent de privatiser un peu plus de la moitié du territoire québécois (situé au nord du 49ème parallèle) au profit de compagnies minières ne fait pas non plus l’unanimité. Jean Charest ne fait pas non plus figure de grand tacticien. Sans ses provocations à répétition, le mouvement étudiant n’aurait peut être pas tenu aussi longtemps. A croire même que les interventions de Charest dans les médias, envenimant le débat, auraient été calculées. En effet, deux mois après le début de la grève et en parallèle d’une forte répression policière, M. Charest, lors d’un congrès visant à caresser dans le sens du poil les futurs actionnaires du Plan Nord, a cru bon de se fendre d’une « joke » à l’égard des manifestants, expliquant que le Plan Nord serait une bonne façon de se débarrasser de cette opposition, en l’envoyant travailler dans le Nord (autant que possible). Rires dans la salle. L’idée du goulag n’a jamais été aussi drôle semble-t-il. Peine perdue pour M.Charest, il était filmé en direct ce jour-là et la colère qui s’ensuivit dans les rangs des manifestants eut pour effet d’empêcher le congrès en question de se tenir, même sous forte présence policière.
Quelques semaines plus tard, ce fut au tour de la ministre de l’Education et vice-premier ministre, Mme Line Beauchamp, mouillée elle aussi jusqu’au cou dans des affaires de corruption (cette fois-ci de financements illégaux en provenance de la mafia montréalaise), de se prendre les pieds dans le tapis en proférant des accusations ad hominem envers le représentant de la coalition étudiante majoritaire (la CLASSE), Gabriel Nadeau-Dubois. Elle essaya dans la foulée de faire signer, de force et à la va-vite, une entente entre les fédérations étudiantes et le gouvernement. Cette entente visait à échelonner la hausse des frais de scolarité sur 7 ans au lieu de 5… augmentant dans le même temps la hausse elle-même. Echec retentissant, Mme Beauchamp démissionne de toutes ses fonctions politiques (même locales) quelques jours plus tard. Dans le même temps se tenait le congrès du PLQ à Victoriaville, et qui se solda par des affrontements extrêmement violents entre la police et les manifestants. La violence, une fois encore à l’initiative de la police, eut pour effet de faire perdre un oeil à un jeune, une oreille arrachée à une autre, et une multiplicité de traumatismes divers et variés se soldant par des hospitalisations.

Pendant tout ce temps, des recours en injonction sont présentés au tribunal de la part des quelques étudiants qui désirent retourner en classe. Une injonction est un procédé par lequel le tribunal impose aux établissements scolaires devant lesquels sont organisés des piquets de grève, de s’assurer de la bonne tenue des cours. C’est souvent un échec, notamment du fait que le nombre des étudiants en cours étant variable suivant la conjoncture et le fait que les conditions d’enseignement sont plus que précaires étant donné l’incertitude sur le fait que le semestre puisse être mené à son terme, beaucoup d’enseignants estiment ne pas être en mesure de donner leurs cours.
Par conséquent, quelques jours après la démission de sa vice-première ministre, M. Charest décide de suspendre la session d’hiver (devant s’achever début mai) jusqu’à début août, afin soi-disant de pouvoir trouver une entente dans le calme, supprimant au passage la session d’été. Mais allez savoir pourquoi, alors que les injonctions sont maintenant caduques du fait de l’absence totale de cours dans les établissement en grève, le PLQ a trouvé bon de voter une loi spéciale (Loi 78, ou « loi matraque ») dont l’objet consiste à…. faire du respect des injonctions une responsabilité du gouvernement et non plus des établissements d’enseignement (en clair, ça donne: on envoie la police devant les écoles et si besoin on la fait tabasser quelques jeunes tenant une banderole). Les amendes pour « attroupement illégal » (est considéré comme attroupement illégal toute réunion non-déclarée de plus de 50 personnes) ou « entrave à la circulation » (si vous marchez sur la rue et non le trottoir) sont également décuplées (à savoir, si un policier vous arrête en manifestation – votre simple présence est désormais un délit dans la plupart des cas – vous écopez d’une amende de 650$, c’est-à-dire 500 euros). Autre mesure développée par la loi: il est maintenant obligatoire de fournir un trajet de manifestation à la police huit heures avant la tenue de la dite manifestation, sous peine que cette manifestation soit déclarée illégale; il est également interdit de porter un masque ou de se couvrir le visage durant une manifestation. Ces deux dernières mesures avaient déjà été ajoutées au règlement de la ville de Montréal après que trois jeunes gens aient placé trois malheureuses bombes fumigènes dans le métro de Montréal, une dizaine de jours auparavant (il va sans dire que les jeunes en question font maintenant face à des accusations de terrorisme; comme quoi, entre le 11 septembre et faire de la fumée dans le métro, il n’y a qu’un pas hasardeux que la droite québécoise s’est empressée de franchir). En tant que Français, ces nouvelles mesures ne me paraissent pas inhabituelles puisque c’est ainsi que l’Etat Français a pu harnacher un tant soit peu la grogne protestataire, en bureaucratisant énormément les luttes; mais pour un Québécois, cette loi spéciale est une atteinte grave à la Charte des Droits et Libertés, préambule à la Constitution de 1982.
Or, depuis le vote de cette loi (décriée par des associations de juristes, d’avocats, de spécialistes du droit comme étant anti-constitutionnelle et par conséquent risquant de ne jamais être applicable, le contrôle de constitutionnalité au Canada se faisant a posteriori – vous me demanderez des explications si vous ne comprenez pas), il ne s’agit plus uniquement d’un mouvement étudiant. Depuis environ un mois, une manifestation a lieu tous les soirs dans les rues de Montréal. Depuis le vote de la loi 78, ce n’est plus une, mais trois, quatre parfois cinq manifestations qui apparaissent spontanément dans les quartiers et marchent pendant des heures dans les rues, au bruit des casseroles sur lesquelles les gens frappent (en référence aux mouvements des cacerolazos chilien, argentin ou brésilien). L’opposition au gouvernement est maintenant massive et même la répression policière, de plus en plus forte, n’y change rien. Ce sont maintenant des gens de tous âges, de tous milieux, de toutes opinions qui se rencontrent, organisent des assemblées de quartier, descendent dans la rue au bruit des casseroles chaque soir pour se joindre aux cortèges sans cesse grossissant de montréalais en colère. On ne compte plus les témoignages de citoyens se disant tannés de la farce qu’est devenue la démocratie québécoise.

Je ne participe bien évidemment pas au mouvement, ne pouvant m’offrir le luxe de me faire arrêter, ce qui signerait sans doute le début de longues complications administratives, si ce n’est mon retour en France. Ce que je ne peux évidemment pas risquer.

A y est!

Ca y est, c’est le retour. J’attends bien sagement à l’aéroport que mon avion veuille bien me séparer de gens que j’ai appris à aimer pour me ramener vers d’autres que j’aime tout autant même si différemment.

J’ai hâte de ne plus avoir hâte de revenir. En toute hâte bien évidemment.
A très bientôt.

 

Joyeux Noël tabarnak!

Alors, pour bien commencer, Joyeux Noël à toutes et tous!

J’espère que vos réveillons en famille/messes de minuit/ alka-seltzers (se) sont tous bien passés et que vous en avez eu assez pour vous couper l’envie de recommencer au moins jusqu’à l’année prochaine. Courage, le 25-26 n’était que la première étape sur vos chemins de suppliciés, le 31-1er arrive juste derrière pour le deuxième round.
Pour ma part, la nuit la plus longue (21 décembre) a duré une petite quarante huit heure en compagnie de gens tout ce qu’il y a de plus adorable, accompagnés de 250 litres de bières brassées maison en libre service. Ce qui a permit d’aborder la soirée en deux temps de 24h chacuns, le second servant surtout à essayer de se rappeler ce qui avait été fait durant le premier.

La majeure partie de mes amis rentrant dans leur famille pour Noël, j’ai donc juste tenu compagnie à un copain du nom d’Olivier, très bon cuistot qui nous a mijoté un risotto aux portobellos du tonnerre, accompagné de diverses bières locales et un vin de bière pour le dessert. Et comme c’était tellement bon, on a remis ça le lendemain avec trois autres personnes.

Montréal a ceci de bien qu’au moins, il a neigé juste avant Noël. Rien de mieux que de se lever le 25 et contempler la rue (ou la cour arrière) couverte d’un blanc immaculé. Rien que pour ça, Noël est réussi. Bon, la contre-partie c’est que la météo annonce du -18°C demain. L’occasion de se faire une petite marche vivifiante.

Pour répondre à une question récurrente, non ce blog n’est pas mort. En tout cas pas encore. J’aimerai vraiment le garder et lui redonner des couleurs. Disons plutôt que pour le moment, il hiberne. Après tout, mon retour imminent sur le sol français (17 janvier, fin de mâtinée Aéroport Charles de Gaulle, il vous faudra sans doute vous frayer un chemin au milieu de mes hordes de fans) augure des nouvelles sans doute moins régulières surtout pour les mois d’hiver. Le retour au turbin, la vie de famille, toutes ces petites choses ne me semblent pas propices à la publication fréquente de posts, d’autant que j’aurai sans doute l’occasion de m’adresser à vous toutes et tous de vive voix. Courage néanmoins, puisqu’après la pluie vient le beau temps et que tel le phoenix au printemps, le bourgeon renaîtra de ses cendres (ai-je mentionné que la période des Fêtes est rarement propice à la sobriété?) et ce blog, requinqué, rebâti et lifté sera prêt à vous servir de nouveau. En attendant, il va lentement retourner à son sommeil hivernal. Il se réveillera sans doute de temps en temps, histoire de caler un creux par un sandwich aux rillettes ou une boîte de sardines à la tomate. N’hésitez pas à lui adresser la parole à cette occasion, puis laissez-le retourner à ses rêves de côte ouest et de promenades en forêt jusqu’à ce qu’il sorte définitivement de sa torpeur. Qui sait, peut être les réponses d’acceptation (ou non) des universités montréalaises suffiront-elles à susciter chez lui des sursauts de loquacité.
En attendant, merci à ceux et celles qui m’ont fait parvenir leurs voeux d’une manière ou d’une autre (Mémé, merci pour la carte; Paule, merci pour la carte virtuelle), et merci encore pour les cadeaux de chacun. Il va sans dire que donnant de ma personne pour offrir à la France de m’accueillir de nouveau sur son territoire, l’honneur national ainsi restauré rejaillit sur vous toutes et tous, et vous conviendrez sûrement que c’est là l’un des meilleurs cadeaux que l’on puisse jamais donner. Entendant d’ici vos cris d’exultation, je me réjouis du bonheur que ce présent met dans vos coeurs. Non non, ne me remerciez pas, je ne voudrais pas que mon humilité légendaire perde de son aura grâce à la générosité exceptionnelle dont je sais parfois faire preuve. Dieu est amour. Et puisque Agathe reconnaissant ne pas être Dieu, elle s’entendit répondre par le Loup que « si ce n’est toi c’est donc ton frère », j’accepte avec plaisir le fait de n’être qu’amour. By the way, Jésus n’est pas né le 25 décembre. Par contre, Pierre-Manuel oui. Alors joyeux anniversaire Pierre-Manuel!

Et pour vous souhaiter un Noël typiquement Montréalais, une petite chanson de Mise en Demeure, le groupe d’un ami.
http://www.miseendemeure.org/noelahochelaga.html