Un maudit français au pays des castors

L’Odyssée canadienne: Part 1

Préliminaires:

Je suis parti de Montréal en train le mardi 22 novembre aux alentours de 15h30 en laissant Marie-France et Nicolas sur le quai après une poutine en guise d’adieu.  Je vois donc la skyline de Montréal défiler devant mes yeux avant de peu à peu m’enfoncer dans la nuit en traversant ce qu’il me reste du Québec pour pénétrer en Ontario.

Le train canadien a beau être plus cher (environ 70 euros pour 5 heures de voyages) que le TGV, il n’en est que plus confortable. Les sièges sont spacieux, laissant la place pour étendre ses jambes, des prises électriques sont disponibles dans la cloison et le train dispose d’un WIFI gratuit sur l’ensemble du trajet. De quoi vous faire avaler des heures de voyage sans s’en rendre compte.

Le trajet jusqu’à Toronto n’a en soi rien de très particulier, si ce n’est la sensation de confort. Nous arrivons enfin à destination vers 20h30. Il ne me reste plus qu’à enregistrer mes bagages, me présenter à l’accueil du Canadien pour connaître mon numéro de couchette et attendre en compagnie des autres voyageurs dans le salon réservé à cet effet. Je suis presque immédiatement confirmé dans mes soupçons en considérant mes futurs compagnons de voyages: la très grande et écrasante majorité semble porter un âge moyen de 65 ans. Je suis indéniablement le plus jeune sur ce train, en tout cas dans la partie couchette. En effet, le train est séparé en deux, avec à l’avant les wagons réservés aux passagers en siège et à l’arrière, la dizaine de wagons comprenant le restaurant, une voiture d’observations, les voitures couchettes et la voiture de queue réservée aux voyageurs en lit, comprenant un salon, un bar et un dôme d’observation. Or, les passagers en siège n’ont pas accès à la partie commençant après le restaurant et l’accès à celui-ci ne leur est autorisé uniquement s’ils ont effectué une réservation pour un repas. Me concernant, mon billet couchette comprend le prix des repas qui s’avéreront d’ailleurs assez fins et goûteux (en tout cas relativement à mon expérience de la cuisine canadienne).

Une fois l’heure du départ arrivée, nous sommes cordialement invités par l’équipe de bord à prendre place dans le train. Les couchettes ont été dépliées pour l’occasion: il est 22h, nombre de passagers vont sans doute aller directement se coucher. Pour ma part, j’en profite pour visiter le train et aller m’installer dans la cabine d’observation de la voiture de queue. J’y fais connaissance avec un vieil homme assez sympathique et habitué de ce train. Je vais d’ailleurs vite m’apercevoir que l’âge moyen des voyageurs varie considérablement en fonction du type de billet et de la longueur du trajet réservé.

Ainsi, si l’on pose un prix de base hypothétique (x) et que l’on considère successivement que:

– le prix du billet tend à augmenter parallèlement et en corrélation avec l’augmentation de l’âge du passager

– le prix du billet augmente en fonction du type de réservation (degré de luxe, identifié par la variable y)

– le prix du billet augmente en fonction de la durée du trajet (variable z),

– une inconnue de type π (que l’on appellera µ) à préciser (qui est sans doute de l’ordre de 42 ou d’un de ses dérivés. Je laisse le soin aux amateurs de trouver la référence)

on peut estimer que l’âge moyen d’un passager peut être établit théoriquement grâce à une équation de type:

age = [(x)(y+z)]/µ

[NDR: voilà, vous venez de perdre 10 bonnes minutes à essayer de comprendre une équation aléatoire et sans aucun doute erronée au vu de mes capacités légendaires en mathématique. J’avoue en retirer une certaine fierté.]

Bref, après une petite heure passée à contempler le paysage nocturne de la banlieue de Toronto en dégustant du mousseux et moults petits fours offerts gracieusement par l’équipe de bord afin de nous souhaiter la bienvenue, je décide de me rendre à ma couchette. Celle-ci est très confortable et on y dort très bien malgré le roulement continuel du train sur les rails et le bruit que cela génère. Seule ombre au tableau: seules les couchettes du bas disposent d’une fenêtre sur l’extérieur. Mais ça n’est qu’un détail qui ne ternira pas mon voyage, lui donnant au contraire un petit goût particulier, comme si je passais mes journées sur les rails et mes nuits dans un submersible.

 

Derrière ces rideaux se situent deux couchettes superposées

 

Derrière le rideau, ça ressemble à ça lorsque les couchettes sont rangées. Le coffre du haut se déplie pour constituer une couchette tandis que les sièges sont dépliés et recouverts d'un matelas pour constituer une deuxième.

 

La tête de ma couchette

 

 

... et les pieds!

 

Bien que fatigué,  je me réveille aux alentours de 3h du matin. Est-ce l’incessant grondement sourd des rails, un bruit particulier ou simplement l’impossibilité de définir l’heure sans consulter sa montre du fait de l’obscurité perpétuelle de ma couchette associée la lumière elle aussi ininterrompue dans le couloir? Je ne sais. Quoi qu’il en soit je ne réussirai à retrouver le sommeil que vers 5h, évoluant entre temps entre un assoupissement léger et des rêves éveillés.

 

 

Pour avoir une idée de la température extérieure: des congères se forment entre les cabines pendant la nuit...

 

 

Je finis par me lever vers 9h afin de profiter du petit déjeuner avant que le service du matin ne s’achève. Au menu: breakfast transcontinental (bacon, oeufs, toasts et hash browns), omelette du chef ou muffins fraîchement cuits. Le choix est cornélien… et j’opte pour l’omelette. Je fais connaissance avec un fellow passenger, un des seuls en dessous de 50 ans, tout en contemplant le paysage glacé qui s’offre à nous à travers les vitres de la voiture restaurant.

 

Le salon et ses obèses domestiques.

 

Nous traversons des étendues d’eau, de forêts et de rocs. Nous remontons vers le nord à partir de Toronto depuis hier soir. Petit à petit, une couche de neige d’abord fine puis bientôt plus épaisse apparaît au fil des kilomètres que les deux locomotives avalent sans broncher. Les lacs auparavant limpides sont désormais entièrement gelés et recouverts d’une couche de givre blanche. Le temps est clair, un soleil lumineux peint dans un ciel d’où les nuages sont bannis. Il doit faire un froid de canard à l’extérieur.

Dans les wagons, l’ambiance est bon enfant, chacun vaque à ses occupations, principalement la lecture, la discussion et les jeux de société. Comme mentionné précédemment, la grande majorité des passagers sont des retraités, dont un groupe assez important de touristes britanniques, pour la plupart obèses dont certains morbidement.

Deux québécois de Sept Îles, un chanteur de blues. Et toujours le colosse d’acier serpente entre les conifères et les lacs gelés.

 

Une volée de marches et vous voilà dans la cabine d'observation

La cabine d'observation

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3 Réponses

  1. mam'

    quelle bonne surprise que de découvrir ton nouveau blog, sûre, la journée va en être transformée, je sens les ailes me pousser…
    On te retrouve bien avec ton humour, ta perspicace analyse (n’est-il pas) et l’aisance avec laquelle tu nous racontes tout ça. Ta musique aussi est chouette, je l’utiliserais bien en accompagnement de massage (damned je vais être démasquée du grand public qui va se précipiter sur ton blog) mais il m’en faudrait un peu plus long quand même…
    Continue ta route, tout de bon* pour toi et bien sûr une tonne de bises
    *selon la juste expression suisse

    décembre 15, 2010 à 7:50

  2. mam'


    transmis par olivier S.
    se laisser faire…alléluia!!!

    décembre 15, 2010 à 8:06

  3. granny

    dans le couloir des couchettes, n’as tu pas rencontré, Marilyn, Jack et Tony ?

    décembre 15, 2010 à 6:21

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