Un maudit français au pays des castors

Chronique heb-dromadaire.

Et me voilà de retour pour une chronique tout ce qu’il y a d’ordinaire. Je reviens présentement de 2 jours et demi passés à Vancouver à l’occasion de la visite d’amis français ayant passé une année d’échange à Montréal. Comme de bien entendu, je suis parti mardi de Victoria sous le soleil, pour arriver sous les nuages à Vancouver dans l’après-midi, me prendre la pluie tout mercredi et repartir jeudi en fin de mâtinée sous la pluie et la grêle pour atteindre Victoria… sous le soleil. Rien de tel pour apprécier une ville. Résultat? On a fait les touristes sous la pluie, à nous ballader de Downtown jusqu’à Granville Island pour déjeuner, prendre une bière, se détendre… avant de rentrer à la maison sous la pluie pour passer la soirée dans la chaleur du salon. Le musée d’anthropologie de l’université (UBC) sera pour la prochaine fois.

Je dois commencer à m’habituer à Victoria à mon insu parce que je me suis senti étonné de voir autant de gens dans la rue à l’occasion de notre petit tour de Vancouver… qui ne paraissait pourtant pas surpeuplée ce jour là du fait de la pluie, de l’horaire et du jour de semaine. Comme quoi, on s’habitue à tout, même la solitude.

Ces amis français ayant l’intention de venir visiter Victoria, il est fort possible que je les accompagne à Tofino ou tout simplement camper quelque part sur l’île de Vancouver dans les prochains jours.

Le fait de voyager m’a donné l’occasion de me replonger un peu plus profondément dans des lectures commencées de ci de là, notamment trois bouquins: Frankenstein de Mary Shelley, L’homme et le sacré de Roger Caillois et The Invisible Landscape de Dennis et Terence McKenna. Je doute que j’ai à présenter le premier, connu de tous, si ce n’est que je ne connaissais pas l’histoire originale et qu’elle s’avère être très loin des clichés habituels qui viennent à l’esprit lorsqu’on entend parler du Docteur et de son monstre (rappelez-vous, Frankenstein est le nom du docteur, pas de sa créature). Concernant les deux autres livres, le premier est un essai de sociologie/anthropologie sur les rapports du sacré et du profane et les implications structurelles qu’ils possèdent en terme d’organisation des sociétés humaines. C’est très intéressant et ça n’est d’ailleurs pas la première fois que je le lis; il est toujours bon de relire les réflexions d’une pensée instruite. Pour ceux qui s’intéressent à la question, Caillois se présente dans cet ouvrage (publié en 1939) comme un disciple de Mauss et de Durkheim et observateur attentif des avancées de l’école allemande de sociologie. Il a fondé par ailleurs le Collège de Sociologie en compagnie de Georges Bataille et Michel Leiris. Au delà du simple intérêt pour la sociologie, je conseille vivement de lire cet essai. Ca n’est pas très long, c’est à lire à tête reposée, mais ça a le mérite de dresser des frontières et des limites à des phénomènes dont malheureusement le monde tend à se défaire depuis l’avènement de la modernité. Le tout appuyé sur une certaine érudition et l’usage de la raison sans tentative moralisatrice. On fait difficilement mieux.

Le troisième bouquin quant à lui est plus… spécial. Je l’ai à peine débuté mais ça n’est pas la première fois que j’entendais parler de Terence McKenna. Pour les connaisseurs (désolé…), il peut être placé dans la mouvance d’un Castaneda, mais dans un esprit parfois plus scientifique (et libre de toute accusation d’escroquerie et de mensonge, à la différence du précédent). Terence est une figure mythique du/des milieux psychédéliques; comme beaucoup, étudiant à Berkeley à la fin des années 1960, il fut introduit aux drogues psychédéliques (LSD notamment, chose très répandue à l’époque) et prit le parti d’explorer la réalité de ces substances, leurs effets sur l’organisme (en compagnie et avec le soutien de son frère Dennis, ethnopharmacologue) et leurs implications spirituelles et philosophiques. Il développe par ailleurs des « théories » (tout en admettant leur caractère non-scientifique) ou plutôt des hypothèses sur un certain nombre de sujets (de l’origine de l’univers à l’évolution, en passant par la spiritualité), en lien toujours avec ses expériences et explorations des limites de la conscience via l’utilisation d’enthéogènes. Ayant eu l’opportunité de me procurer un de ses ouvrages à l’occasion de mon court séjour à Vancouver, je me suis dit que ça en valait le coup et je dois dire qu’ayant à peine terminé les multiples introductions aux éditions successives, le contenu paraît non seulement appétissant mais également solide.

Mis à part ça, ma vie continue de se dérouler paisiblement au rythme de mes paychecks et je peux déjà observer – avec plaisir et gratitude – l’installation progressive de l’été. De fait, Victoria se vide en grande partie étant donné la fin de l’année scolaire… et se remplie peu à peu de touristes. Je caresse d’ailleurs le projet de trouver un deuxième boulot, histoire de mettre du beurre dans les épinards et de redonner du ventre à mon compte bancaire. Un café situé à 2 minutes de mon job actuel cherchant du personnel, j’irai sans doute postuler dès demain.

Sans compter que j’ai promis à une amie allemande travaillant maintenant à Tofino que j’irai lui rendre visite. Et pour ça, il va me falloir un peu (pas trop) de moyens, ne serait-ce que pour payer le bus. Heureusement, l’été arrivant, les dépenses en nourriture/vêtements vont s’amenuiser progressivement. Au pire, je peux toujours courir nu sur la plage et me confectionner un arc pour subvenir à mes besoins…

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5 Réponses

  1. mam'

    Je m’aventurerais bien dans l’homme et le sacré, le sujet me tente forcément et ta critique positive est une invitation. Dois je me procurer le bouquin ou me prêteras-tu le tien cet été?

    mai 14, 2011 à 2:04

    • procures-toi le bouquin parce que je ne suis pas sûr que je l’aurai fini quand tu seras à Victoria cet été. Tu dois pouvoir le trouver assez facilement à la bibliothèque.

      mai 14, 2011 à 5:20

  2. marine

    J’aimerais lire ce bouquin sur le profane et le sacré. J’ai toujours eu un faible pour cette catégorie de questionnements en anthropologie. En histoire médiévale j’ai travaillé notamment sur les limites géographiques et topographiques entre espace profane et espace sacré, en lien avec la christianisation du paysage. C’était passionnant (et pourtant je ne me souviens plus de grand chose)

    mai 14, 2011 à 2:29

  3. marine

    et j’aime bien la musique aussi 🙂

    mai 14, 2011 à 2:34

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