Un maudit français au pays des castors

Camping en hamac.

Ca y est, après deux jours et demi passés à marcher et camper, me voilà de retour à la civilisation et surtout au boulot… heureusement que la pluie est là pour me donner un jour de repos, sans quoi il vous aurait encore fallu attendre bien longtemps avant de voir ces photos et lire le récit de mon épopée, forcément passionnant.

Je suis donc parti mardi matin aux alentours de 6h30, le coeur léger et les rangeos aux pieds, afin d’aller prendre le bus qui me conduirait au ferry pour Mayne Island, départ 9h10. La traversé dure deux petites heures avec une escale à Saturna Island mais… laissons plutôt mon journal vous compter les évènements, fraîchement couchés par écrit au moment même où ils prenaient place…

En vert, mon itinéraire du mardi. En jaune, celui du mercredi. En gris foncé, celui de jeudi matin.

« La première journée a été longue. Réveillé à 5h30, derniers préparatifs, petit-déjeuner, bus à 7h pour arriver au port à 8h30. De là, un ferry m’emmène jusqu’à Village Bay, Mayne Island avec une première escale à Saturna Island que j’ai déjà visité dans le passé. La traversée dure deux petites heures. Il est 11h lorsque j’atteins Mayne Island.

Bye bye Victoria!

Les distances sont beaucoup plus courtes que la carte de l’office de tourisme le laissait entendre et malgré mon sac, je rejoins le village en à peine une demi-heure. Le temps d’acheter quelques patates, du fromage, du papier alu et du chocolat et me voilà reparti, direction la pointe sud de l’île où je compte camper le premier soir. La route est droite et le dénivelé faible, j’engrange les kilomètres. Ici, le stop semble être une institution. Cà et là, à différents croisements, on peut trouver des panneaux qui, comme des arrêts de bus (mais pour les voitures) jalonnent la route et indique à quel endroit attendre le passage d’un véhicule. Je ne crois pas que j’en aurai besoin, je vais me contenter de marcher (NDLA: je n’ai même pas eu la nécessité d’attendre à ces panneaux, plusieurs voitures s’arrêtèrent à ma hauteur alors que je marchais pour me proposer de me conduire quelque part. J’ai toujours refusé).

Les conducteurs n'ont pas l'obligation de prendre le premier arrivé; vous n'avez pas l'obligation d'accepter de monter dans une voiture - ça n'est pas grave. Vous accepter de monter à vos propres risques; la course est gratuite, considérez-là comme un cadeau.

Je trouve sur le chemin un accès à un parc national et comme je ne suis pas pressé, je décide d’y faire un détour pour une petite marche en forêt. Confiant dans ma forme physique, je prends le chemin le plus difficile mais m’amenant au sommet du mont, pour pouvoir y picniquer. La pente est rude et les obstacles nombreux mais j’arrive au sommet en l’espace de trois quart-d’heures. Là, je déploie ma couverture, mange (un peu trop), et fait une sieste. Vers 15h30, j’estime qu’il est temps de repartir. De hauts nuages cachent désormais le soleil, rendant l’air lourd et étouffant. J’ai trop mangé, trop salé et je me retrouve à prendre plus que de raison sur mes réserves d’eau. Mon sac me semble également plus lourd. Sous la fatigue et l’effort de la matinée. Qu’importe, je marche. Je finis par rejoindre la route où je trouve un petit commerce auquel je peux remplir mes bouteilles d’eau; j’y achète également une confiture de mûres en provenance d’une ferme située à quelques kilomètres sur l’île même.

La vue au dessus du parc.

Je repars donc en direction du sud, mais plus laborieusement cette fois-ci. Mes épaules me font mal et malgré l’après-midi qui avance, le soleil tape toujours. Il semblerait que cette année la Colombie Britannique soit envahie de chenilles. On peut les voir partout, sur les routes écrasées, tombant des branches, entravant des buissons entiers de leur soie.

Ze modarfucking sac à dos.

A 18h30, je m’arrête une demi-heure le temps de reprendre mon souffle. Puis je repars pour vingt dernières minutes de marche m’amenant à l’endroit désiré. Le coin est désert et je suis protégé d’une propriété privée sur ma gauche par un ensemble de petites criques. J’avais pu observer des faucons et plusieurs urubus à tête rouge (aussi appelés vautours aura) à l’issue de ma marche en forêt et voilà que, de la falaise, je peux observer une loutre passer tranquillement en contrebas, plongeant puis refaisant surface au bout de quelques secondes pour déguster des petits crabes, puis sortant enfin de l’eau pour se réfugier dans la forêt, sans doute pour y passer la nuit.

La loutre

Il est 20h45 et malgré le solstice, la lumière commence à baisser.  J’attache mon hamac entre deux petits arbres, mets une chemise. J’ai repéré un rocher au bord de l’eau qui me permettra de faire du feu sans craindre qu’il ne se propage à la forêt. Il est temps d’aller chercher du bois et de m’installer pour la nuit.

La vue du premier soir

Le bois flotté brûle étrangement assez mal et avec beaucoup de fumée tandis que le bois de la forêt, extrêmement sec et imprégné de résine brûle avec presque trop d’intensité en dégageant des fumées noires. Malgré tout, et en combinant de les deux types de manière habile, je réussis à entretenir un feu suffisamment chaud pour cuire mes patates avant d’aller enfin rejoindre mon hamac vers minuit, épuisé mais repu, avec les étoiles au firmament pour seul toit.

La vue de mon hamac.

* * *

Le campement du premier soir.

Le matin du deuxième jour, je me réveille comme une fleur aux alentours de 8h. Le soleil est déjà haut à l’horizon et je sens sa chaleur sur mon duvet après une nuit presque froide. Je descends de mon hamac et me dirige vers la plage pour me rafraîchir. Je finis même par me baigner quelques minutes avant de me faire sécher à même les pierres. Puis petit-déjeuner. Au menu, oeufs durs et tortillas à la confiture achetée la veille. Je finis par ranger mes affaires et refaire mon sac tandis que les navigateurs du bateau stationné face à mon emplacement toute la nuit en sortent finalement pour mettre les voiles.

10h, je repars gaiement le sac au dos dans la forêt afin de rejoindre cette fois le nord de l’île. Mon but est d’achever la boucle entamer la veille et d’en faire une autre jusqu’au soir, terminant le huit au village de la veille, auprès duquel j’aimerai éventuellement trouver un endroit pour camper afin de ne pas être trop loin du port pour le lendemain matin. Je reprends donc la route, puis un autre chemin dans les bois. La journée est magnifique et promet d’être chaude et je compte bien marcher le plus longtemps possible sans escale. Je reprends un petit tronçon de route emprunté la veille dans l’autre sens et je m’arrête quelques minutes de nouveau au commerce de la veille afin de refaire mes provisions d’eau. Puis la route de nouveau. Malgré des habitations, l’île semble presque déserte. Comme beaucoup d’autres dans le coin, elle semble être habitée par une écrasante majorité de retraités, rendant la vie encore plus chère qu’elle ne l’est déjà par manque d’activité professionnelle – et par manque d’activité de manière générale. Certains se plaignent du manque de jeunes mais au vu des prix du logement même ici, la majorité doit bien s’en accommoder voire s’en satisfaire. 9 personnes sur 10 que j’ai pour l’instant rencontré ont la soixantaine passée. Mais peu importe, je marche.

Par deux fois au cours de la journée je fais la rencontre de serpents, semblant endormis sur le bord de la route. Ils bougent à peine même lorsqu’ils manquent de se faire écraser par les pneus d’un pick up. Il faudra que j’aille titiller le second avec un bâton pour qu’il daigne repartir dans les fourrés.

La journée avance et vers 13h30, je prends un petit chemin quittant la route pour monter dans les bois jusqu’à un promontoire face à la mer afin d’y déjeuner. Humus, tortillas, orange, sablés, le repas est vite avalé et j’opte pour une légère sieste de 20 minutes. Puis il est temps de repartir.

La vue accompagnant mon déjeuner.

Une fois sorti des bois, j’arrive enfin à la pointe nord de ma boucle et je rejoins de nouveau la plage, au paysage très différent cette fois-ci. Bien que de la même matière très érodable, les rochers éclatés de la veille ont laissé place à de grandes étendues plates et rocheuses sur lesquelles il est facile de marcher. J’opte donc pour la plage plutôt que la route et continue mon chemin, rencontrant une fois encore une loutre affairée à son repas. Plus loin, dans une crique appelée « Oyster Bay » (sans doute du fait qu’à marrée basse, le sol sablonneux est jonché d’huîtres et de divers bi-valves), je peux observer des phoques laissant dorer leurs corps à l’allure de saucisses sur les rochers. Il est assez amusant d’ailleurs de voir à quel point ces mammifères se mouvant avec aisance dans l’eau peuvent être maladroit et ridicules sur la terre ferme. Le terme de saucisse n’exagère en rien la vision qu’ils donnent d’eux-mêmes.

Arrivé par les rochers à la pointe nord de l’île, je commence à fatiguer. Sans doute le soleil et les efforts redoublés à sauter de rocher en rocher le sac au dos. Je rejoins donc la route, une fois la petit boucle de la plage terminée. Il est 16h, direction le village, tout droit. La route est déserte et l’ombrage des grands arbres rend la marche plus facile. Je m’arrête à la seule église de l’île sur le chemin, mais la porte est fermée à clef, comme pour beaucoup d’églises ici, qui ne sont ouvertes que pour les offices. Drôle d’idée, de quoi a-t-on peur? Un lieu de culte, quel qu’il soit, ne devrait jamais être fermé, à moins reconnaître qu’en dehors de l’office, il n’est qu’un lieu comme un autre… Je reste néanmoins assis sur les marches quelques minutes, sur le dessus de la colline qui accueille le petit cimetière de tombes herbeuses, le temps de me sustenter légèrement avant de repartir. Très vite, j’arrive au village. Il n’est même pas 19h, j’ai tout mon temps, je m’arrête donc au bar, afin de déguster une bière sur la terrasse face à la mer. Ici aussi les locaux sont âgés, à l’exception des deux serveuses. Ma pinte engloutie, je reprends la route pour la dernière partie de mon chemin de la journée.

J’avais repéré à l’aller un panneau mentionnant un camping au bord de mer, un peu à l’écart du village. Sans avoir aucunement l’intention d’utiliser cet espace (c’est toujours payant et muni d’un confort qui me fait toujours m’interroger sur la notion de « camping » pour certaines personnes; avec l’eau courante, des chiottes, des tables et le wifi, peut-on vraiment encore estimer que l’on campe?), j’emprunte néanmoins cette petite route, me disant qu’il est toujours facile de trouver un coin pour du camping sauvage aux abords de ces campings officiels ceux-ci étant souvent situés à la limite d’un aire sauvage. Je traverse donc le camping désert le plus discrètement possible et…bingo! J’arrive sur la plage, et en marchant encore un peu, sur une autre, déserte et éloignée de toute présence humaine. Je mets un peu de temps à trouver un coin propice à l’accrochage de mon hamac et je finis par opter pour un arbre poussant presque couché et dont il semble que l’océan vienne lui caresser les pieds à marée haute. Je fais le pari qu’étant en hauteur, même si l’eau recouvre effectivement toute la surface de la plage, je serai en sûreté.

Le campement du deuxième soir, à marée basse.

Puis c’est de nouveau le même cycle éternel: trouver un coin pour le feu, ramasser du bois avant que le jour ne baisse trop, faire le feu dans des conditions sûres et dîner. En l’occurrence, j’ai bien choisi l’emplacement si bien qu’à peine mon dîner terminé, la marée montant vient lécher pour noyer tout à fait ma source de chaleur. Voyant l’eau monter à grands pas, j’estime qu’il est temps pour moi de rejoindre mes quartiers. Je sécurise donc mon sac sur le tronc, monte dans l’arbre et par force d’acrobaties finis par me poser à la force des bras dans mon hamac avec ma lampe torche et des victuailles (sait-on jamais).
Doucement, l’eau continue à monter. Et je finirai par trouver le sommeil, bercé par le vent soufflant dans les branches de mon arbre, me balançant légèrement de droite à gauche au dessus de l’océan ayant alors recouvert la plage dans son intégralité.

* * *

Le matin du troisième jour, je suis satisfait de constater que mon pari de la veille s’est révélé gagnant. J’ai effectivement dormi au-dessus de l’eau et la marée s’est retirée pendant la nuit, me permettant de me lever à pied sec. La seule chose que je n’avais pas prévu était l’humidité que l’océan avait apporté avec lui et qui rendit ma nuit légèrement plus froide que je ne l’attendais. Rien de bien grave néanmoins.


Il est 8h, je suis debout et j’ai tout mon temps, mon premier bateau ne partant pas avant 11h. Je prends donc le temps d’un petit-déjeuner dans les règles de l’art face à l’océan avant de refaire mon sac. Je ne désire pas repasser par le camping aussi essaie-je de trouver un chemin rejoignant la route plus loin. J’en trouve finalement un en suivant la côte, aboutissant à une piste qui semble être située sur la réserve indigène de l’île. L’idée de devoir passer par un territoire qui leur appartient de me réjouit pas mais le chemin étant désert et m’amenant rapidement à la route, je décide néanmoins de l’emprunter. Je finis donc par rejoindre la route au bout de quelques minutes et me retrouve au port une heure en avance. Avec un peu de chances, si le ferry est à l’heure, j’aurai le temps de rentrer prendre une douche avant d’enchaîner le boulot à 16h cet après-midi… »

En attendant le ferry…

J’ai au final réussi à rejoindre Victoria vers 14h, ce qui m’a permis de faire un crochet rapide par chez moi afin de me changer et de prendre une douche avant de repartir au boulot pour mes huit heures quotidiennes…. Mission accomplie!

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2 Réponses

  1. Granny

    voila qui fait rêver ! frissonner même à la vue des serpents ……….
    pense à tout ce que tu auras à raconter à tes petits enfants……..
    profites-en bien, mais partir seul n’est-ce pas un peu risqué ?( là, c’est peut-être le commentaire de trop ? )
    bises normandes

    juin 25, 2011 à 1:12

  2. paule

    très joli.
    pour l’arbre à « framboises » il me semble bien en avoir vu partout en vendée ces 2 derniers étés.
    il est 8h00, je me prépare à une journée de douce folie au boulot(trop d’adultes absents et les en fants qui seront là eux!) merci pour cette bouffée buccolique…j’entendais presque le clapotis de l’eau.
    bises

    juin 27, 2011 à 5:57

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